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Pour comprendre l'enseignement des runes, il faut d'abord saisir le concept même de rune. Une Rune n'est pas simplement une lettre d'un vieil alphabet germanique ou anglo-saxon; elle traduit surtout à l'origine l'idée de "secret" ou de "mystère". Ce sens initial est aisément comparable à celui du terme "arcane" (latin arcanus: secret) pour le Tarot. En conséquence, une Rune est originellement un secret, un concept sacré ou une idée devant être exprimée ou rapportée de manière "secrète", voire occulte.
Ce terme appartient au groupe des langues germaniques; on le trouve dans tous les anciens dialectes germaniques.
En allemand moderne, son parent est "raunen", murmurer.
Rùn apparaît aussi dans les anciennes langues celtiques, par exemple dans le vieil irlandais rùn et le moyen-gallois rhin, avec, dans les deux cas, les sens de "mystère", de "secret".Il est probable que les Celtes héritèrent des Germains la dimension sémantique de ce mot."Rune" provient de la racine proto-indo-européenne "reu-, hurler.
Ultérieurement, cette signification fut appliquée à toute figure hiéroglyphique représentant une rune - une unité de l'enseignement secret. Cette forme traduit symboliquement une idée abstraite et intemporelle. Encore plus tard, ce symbole fut intégré dans un système d'écriture qui accordait une valeur phonétique à chaque forme symbolique. Les runes sont alors malencontreusement devenues synonymes de "lettre" au sens classique du terme.
Vieux Norrois: rùn. Secret, enseignement secret, sagesse, signes magiques, caractères écrits.
Gothique: Runa. Secret, monde du mystère.
Au XIV°siècle,Wulfilas, traduisant, la Bible en Gothique, utilise ce terme pour rendre le grec "mysterios".
Vieil anglais: rùn. Mystère, secret, assemblée secrète.
Vieux saxon: rùna. Mystère, secret.
Vieil irlandais: rùn. Mystère, secret.
Moyen gallois: rhin. Mystère, secret.
Breton: rhun1. Mystère, secret
La plupart des spécialistes considèrent que les runes sont d'anciens symboles, jadis utilisés pour écrire, essentiellement sur la pierre, le bois ou le métal. Ceux qui les inscrivaient leur auraient prêté des significations religieuses ou magiques.
Pour le vitki runique, les signes sont chargés d'un sens plus riche, plus vaste, traduisant leurs véritable nature et puissance aussi bien que leurs significations historique et cosmique. Dans la forme des runes, le vitki identifie des symboles éminemment complexes. L'étude et la recherche intellectuelles et magiques ont fait apparaître les runes comme des idéogrammes décrivant un processus dynamique de courants de force, d'idées ou d'énergie.
Chaque rune a une nature ternaire, exprimant par là la triple essence du secret qui la sous-tend. C'est-à-dire:
- Une forme idéographique, phonétique, gestuelle ou une posture (style posture de "yoga"= la Stadha)
- Une idée (avec contenu symbolique)
- Un nombre (sa dimension dynamique, marquant sa relation avec les autres runes).
Extrait de l'introduction à l'étude sur le Futhark par Edred Thorsson, Futhark, Ed.Pardès, Paris, 1992, p. 2 et suivantes
L'"alphabet" Runique est avant tout sacré. La pratique des Runes ne peut pas aller sans une approche religieuse ou spirituelle. Dans l'épopée anglo-saxonne Beowulf (VIII°siècle) le conseiller royal est nommé Run-Wita, c'est-à-dire "initié aux secrets.
Rune dérive sans doute d'un radical indo-européen dont Georges Dumézil2 fait aussi venir Ouranos et Varuna. On rapproche le mot "rune" du vieil allemand "runa" ou "rûnen"(chuchoter) du vieil anglo-saxon "reonian" (murmurer),du vieil irlandais "rûn" (mystère) du vieil anglais "runian" (parler bas), ou encore du pluriel du vieil islandais "rûnar" (secrets). La racine indo-européenne "reu" ou "ru" évoque également une chose mystérieuse, secrète, comme ce que l'on chuchote à l'oreille; ce qui implique la transmission orale d'un enseignement secret (se greffant en plus d'un enseignement profane). Certains étymologistes soutiennent que le terme "runa" renvoie également à la notion de "celui qui sait", c'est-à-dire le sage ou l'initié. 3
La définition technique de l'écriture runique la présente comme celle qui servit, antérieurement à l'alphabet latin puis en concurrence avec lui, pour transcrire les diverses langues germaniques. C'est une écriture de type alphabétique. La liste de ses caractères est nommée Futhark, d'après les lettres initiales des six premiers signes. Elle a suivi plusieurs variantes principales à savoir:
- L'ancien futhark composé de 24 Runes et utilisé dans la totalité du monde germanique à l'époque des grandes migrations (IV et V° siècles).
- le nouveau futhark à 16 runes qui apparut au IX° siècle dans le monde scandinave, lors de la traduction de la Bible par Wulfila, à l'époque de la christianisation forcée des contrées germano-scandinaves sous l'impulsion de Charlemagne.
- le futhorc anglo-saxon (et frison): adaptation du futhark par les peuples anglo-saxons des îles britanniques à 33 runes.
Extrait de "l'ABC des Runes", Jean-Paul Ronecker, Editions Grancher, Paris, 1993 p 20 et suivantes
Notes : 1 - J'ai eu l'occasion de visiter un coin peu connu de Bretagne appelé Ploubazlanec au lieu-dit "Ar Rhun-Bihan" c'est-à-dire: "les petites Runes" pour y observer des dolmens mégalithiques. (Dolmen vient d'ailleurs du breton Taol-Men ou avec l'article An, Daol-Men donne par mutation de consonne initiale "la table de Pierre"). L'église et certaines vieilles maisons locales possédaient effectivement des inscriptions en Runes minuscules contrairement à l'usage courant qui est d'écrire les Runes en majuscules. 2 - Georges Dumézil, Mythes et dieux des Germains, PUF, Paris, 1959 3 - Jean-Paul Ronecker, l'ABC des Runes, Grancher, Paris, 1993, p. 22-23
Alainv2
Date de création : 13/08/2006 @ 10:42
Dernière modification : 25/09/2006 @ 19:36
Catégorie : Les Runes
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